Le lycée Auguste-Béhal, où un lycéen de 15 ans a perdu une main à cause d'une grenade de désencerclement tirée par la police lors d'une manifestation près de l'établissement, le 13 octobre 2026 à Lens, dans le Nord ( AFP / Sameer AL-DOUMY )
La famille du lycéen dont la main a été arrachée par une grenade policière en marge de manifestations à Lens a déposé mercredi une nouvelle plainte pour obtenir "une enquête sereine, impartiale" et "connaître la vérité", a indiqué un de ses avocats.
Me Bertrand Wattez a annoncé lors d'une conférence de presse avoir déposé une plainte, cette fois avec constitution de partie civile, pour "violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente" afin d'obtenir qu'un juge d'instruction soit saisi, avec l'espoir d'un procès devant les assises ou une cour criminelle.
Selon lui, la famille de l'adolescent est "bouleversée", et "souhaite une enquête sereine, impartiale" mais "ne crie pas vengeance".
D'après Me Wattez, Evan, 15 ans, élève en seconde professionnelle qui voulait devenir menuisier, avait l'intention d'aller en cours lundi 5 octobre.
En voyant son lycée bloqué, il a entrepris de "ramasser des débris" laissés par des projectiles tirés par les forces de l'ordre "pour présenter à sa mère des preuves concrètes" qu'il n'avait pas séché les cours.
Mais concernant la grenade qui a explosé, Me Wattez a martelé que l'adolescent "était à proximité (...) mais n'avait pas du tout l'intention de la saisir".
"Evan est droitier" alors que c'est sa main gauche qui a été arrachée dans l'explosion, souligne-t-il.
Le procureur de Béthune, Étienne Thieffry, avait rapporté vendredi, avant l'audition du lycéen blessé, que "l'ensemble des témoignages, (...) à l'exception d'un seul, convergent" sur le fait que la grenade tirée à longue distance a "atterri au sol" avant que l'un des manifestants "ne s'en empare jusqu'à ce qu'elle explose".
L'adolescent, qui est toujours hospitalisé, a perdu sa main gauche et été partiellement amputé de la main droite, a précisé Me Wattez.
"Nous souhaitons savoir pourquoi un gamin plein de projets voit ses rêves s'effondrer", a-t-il asséné, déplorant que la position du parquet, "à charge" puisse laisser entendre que "cet enfant (...) est à l'origine de sa propre amputation" et semble "prendre faits et cause" pour la version des policiers.
"La vraie question c'est de savoir pourquoi notre police est dotée d'armes de guerre", utilisées "pour réprimer des manifestations d'enfants", a aussi appuyé Emmanuelle Jourdan-Chartier, vice-présidente de la Ligue des droits de l'Homme, lors de la conférence de presse.
Auditionnée jeudi dans le cadre d'une enquête menée par l'IGPN, la mère de l'adolescent avait déjà déposé plainte.
Cette affaire, parmi d'autres cas de blessures graves de lycéens imputées aux forces de l'ordre, a suscité une vive émotion et des critiques sur les méthodes de maintien de l'ordre depuis le début du mouvement de contestation de la jeunesse mi-septembre.
En réaction, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a ordonné la semaine dernière la suspension de l'usage des grenades assourdissantes face à la mobilisation lycéenne.

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